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(IVOIRENEWS)- Abidjan-Bobo Dioulasso par le train/30h sur les rails pour quitter le bourbier ivoirien, De notre Envoyée Spéciale Céline Ayébé

OUAGADOUGOU, 04 Juin (IVOIRENEWS)- Dimanche 16 mai 2004, il est 16h 21mn. Le train Express de Sitarail laisse échapper sa dernière fumée. Des centaines de passagers se dirigent à pas lourds
dans le hall de al grande gare, toute en blanc, de Bobo-Dioulasso. La veille encore à 10h30mn, ils étaient à Abidjan… la peur au ventre. Reportage.

10h 30mn. Ce samedi, à la gare de la Sitarail de
Treichville, le train Express entame ses teuf-teuf et s’ébranle en direction du nord. Cinq (5) wagons sont quasiment pleins de passagers à l’air apeuré, inquiet mais souvent gais. Des femmes au visage fermé, des hommes au sourire crispé, des jeunes filles et garçons bavards, des enfants et des bébés pleurnichards ou riens et des malades visiblement très mal en point.

La première classe où je suis comporte 36 places assises. J’occupe la 36e place. Du fait de la crise, c’est une compagnie, l’UTSC, l’Union des transports sococim cobof, qui sous-traite le transport des passagers à la Sirarail. Cette entreprise n’a pas jugé utile de continuer son trajet jusqu’à Ouaga.

Le titre du transport, à l’opposé a grimpé de façon exponentielle. La première classe qui n’a, en fait de première classe que de nom, coût 35.000 Fcfa. La deuxième classe coûte 30.000 Fcfa. Avant la crise, cette même classe coûtait
d’Abidjan à Ouagadougou, un peu moins de 15000 Fcfa.

La première classe est sans climatiseur et sans
brasseur. Les fauteuils souvent déchirés couverts
d’une nappe blanche sale, sont quand même lieux. Le bar tenu par un Burkinabé n’est aps luisant. Les toilettes sont puantes. Partout c’est la vétusté. « Au temps d’Houphouët, la première classe était climatisée. Il y avait de l’espace entre les sièges et on pouvait déjeuner sur une table. Maintenant, les deux classes sont les mêmes », explique une dame la cinquantaine qui dit rejoindre sa fille, Ivoirienne comme elle, au Niger.

Mais elle a un peu tort, en ce qui concerne les classes. La seconde classe, du fait de la chaleur, de la forte concentration humaine (un
wagon prend entre 80 et 100 personnes), et des
nombreux bagages de toutes sortes, offre une vision pitoyable.

10h32. A la hauteur du port de bois, des coups de
sifflet retentissent sur la voie qui mène d’Attécoubé à Treichville. « Ils vont jamais changer », grogne une dame derrière. Celle-ci déménage au Burkina Faso avec ses 4 enfants dont le père est un Peuhl Burkinabé. Sa remarque fait tiquer les deux policiers qui escortent le convoi. Ils font mine de n’avoir rien entendu.
Agban, Banco, Anyama, Azaguié, Yapo.

Le train s’ébranle à la vitesse d’une mobylette. Agboville est franchi à 14h. Les vendeuses à la criée accourent. Elles proposent des avocats et de l’attiéké. Dans les villages de Rubino à Anoumaba en passant par Céchi, les enfants au torse nu et joviaux accourent vers le train et ont tous un mots à la bouche : "Mangoro".

La légende explique que dans le "bon vieux temps", les voyageurs venant du Burkina lancent des mangues (mangoro en Malinké) bien charnues aux enfants. Aux alentours de 16h, au contrôle des tickets, une dame est épinglée dans un wagon. Elle est trimbalée, suivie de ses deux "avocates", en première, par un flic, le
plus âgé. Il exige qu’elle paye 15.000Fcfa. Les deux "avocates" disent ne pas comprendre que leur sœur ait à payer pour « un enfant de trois ans » qui de surcroît « est assis sur les pieds de sa maman"

Le flic ne veut pas démordre. Après maintes négociations, le trio de femmes accepte de payer 10.000 Fcfa. Le «coupeur de billet » ayant clamé qu’il paierait lui-même les 500.000Fcfa. Le gosse de 3 ans quant à lui, a toutes ses 32 dents dans sa bouche.

17h42mn :Dimbokro. La halte dure plus de 30mn. « On est arrivé à la frontière de la Côte d’Ivoire », clame l’un des flics qui depuis Abidjan me regardait d’un drôle d’air. Son autre collègue, qui m’avait demandé mon nom et qui ne croyait pas du tout que je m’appelais Konan me posa alors plusieurs questions : « pourquoi tu vas au Burkina ? qu’est ce que tu fais ? pourquoi tu voyages sans bagages ? Es-tu sûr que c’est ton vrai nom ?… » Il me soupçonnait d’être un rebelle-espion et cherchait à me coincer. Cela me faisait marrer.

La mort dans l’âme, ils descendirent tous les deux. Ils s’en fichaient éperdument, à partir du moment où je quittais la zone loyaliste. Boli puis Raviart. Il est 20h 20mn. Les vendeuses
accourent avec des mangues (les fameuses mangues
"raviart"), de l’ananas… et du lait de vache.

Raviart est dans la zone tampon, contrôlée par Licorne. Les soldats français selon les indiscrétions de deux jeunes hommes devenus très bavards après avoir reçu un numéro de "Le Nouveau Réveil", ont pris pied chez Jeannot (Ahoussou Kouadio). Quatre parmi eux montent à
bord du train, avec des fusils à lunette. Ils
installent une jeune mère dont le bébé est brûlant de fièvre.

Les soldats Licorne sont débout, en alerte. Rien à voir avec les deux flics "loyalistes" qui pionçaient souvent quand ils ne buvaient pas une bière au bar. Pendant ce temps, dans un véhicule de transport de troupe, d’autres soldats, prennent la route. Ils suivent de loin le train. Ne sait-on jamais. La jeune mère avec laquelle je cause, révèle que l’infirmier et al sage-femme de Raviart « viennent quand ils veulent. Il ne reste plus que les garçons de salle. » Et pourtant à Raviart, il n’y a pas de rebelles !"

21h22mn, (gare) Kan. C’est la première gare contrôlée par les Forces nouvelles. Il n’y a pas de vendeuses à la criée. "Assalam oualékoum!. C’est un rebelle qui vient de parler ainsi. Il a l’air d’être le chef. Il a un pistolet enfoui sous sa ceinture et sur le ventre. Il ne porte pas de treillis et est encadré par trois jeunes rebelles arborant kalach, tee-shirts rouges et
pantalon treillis. Il demande au chef des soldats
Licorne pourquoi il va à bouaké. « On a une malade »,répond-il.

De fait, Licorne administre des soins médicaux désintéressés aux nécessiteux à Bouaké. La
célèbre gare "Ran" de cette ville n’est plus que
l’ombre d’elle-même. Il est 22h03mn. Rebelles éméchés et vendeuses braillardes se côtoient. Souvent, les premiers se moquent de Gbagbo "un criminel" et disent que chaque jour, ils viennent se promener à Abidjan. «Il ne voit rend ». Et ils se marrent. La halte de Bouaké est longue. Elle dure 1h 36mn. Il semble qu’un
train est allé juste avant le nôtre. Un jeune Ivoirien qui accompagne sa belle-mère à Banfora, et qui était à sa 7e bouteilles de bière "66", déclare qu’à son avis, « les gens de train-là ont foutaise. C’est train marchandises qui les intéresse. Comme y a blé dedans…»

Les rebelles en profitent pour restituer les pièces d’identité qu’ils avaient pris quelque temps avant. A l’évocation de mon nom, je lève ma main. Comme les autres. "Levez-vous !", m’ordonne le "chef". Ce que je fais. Il m’observe quelques secondes et me rend ma
CNI. Je remarque que je suis le seul qu’il a mis
débout. Le délit du patronyme. Katiola, Tafiré,
Kouroukoura. Les voyageurs dorment. Je n’arrive pas à fermer l’œil. Le wagon est pris d’assaut par des insectes volants et des moustiques. En outre, deux enfants ont le malin plaisir de faire brailler leur jouet, des "cellulaires", chaque fois qu’ils sursautent.

8h. Le train fait son entrée à Ferkéssédougou. Des vendeuses de mangues, de nattes, de boubou… et de poulet frit. La fatigue se fait sentir et la voisine qui va au Niger regrette de n’avoir pas pris l’avion. « Si j’avais ajouté 50.000F à l’argent, je serais actuellement arrivée », se plaint-elle.

Dans le wagon,l’odeur n’est certes pas suffocante mais des odeurs d’urine, de mangues, de sueurs, etc. ne sont pas agréables ; Ouangolodougou et son marigot couvert de
nénuphars est franchi à 9h45mn. On y vend des
serviettes aux couleurs bizarrées,… du "toupagne".

10h33mn : Laléraba. C’est le dernier village ivoirien.Cela fait un jour exactement qu’on est sur les rails. Et le trajet est loin d’être terminé.

ca/tsd/dd/fyr

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