Ghana: 18 morts, dont 14 femmes, dans une mine d'or illégale
De David ADADEVOH (AFP) – 12/11/09 - ACCRA — Au moins dix-huit personnes, dont 14 femmes, sont mortes ensevelies dans une mine d'or privée illégale dans l'ouest du Ghana, selon la police jeudi, alors que l'envolée des cours dope l'exploitation normale ou "sauvage" du métal précieux
"C'est l'accident minier le plus de grave de l'histoire du Ghana. Le gouvernement doit prendre des mesures pour contrôler les activités" de ces mines, a déclaré à l'AFP le chef de la police de la région ouest, Kojo Antwi Tabi en dressant un premier bilan.
Selon ce dernier, une trentaine de personnes travaillaient dans cette mine d'or privée près de la ville de Dompoase, ce qui laisse entendre que le bilan pourrait s'alourdir. Le mois dernier, deux personnes avaient déjà été ensevelies à Damang, toujours dans la même région aurifère. En raison de l'envolée des cours de l'or, les mineurs illégaux, ou "galamsey", se sont multipliés ces dernières années au Ghana, second producteur africain de métal jaune après l'Afrique du Sud, au point que les autorités s'inquiètent pour l'économie nationale et que les grandes compagnies grognent.
"C'est une grande perte pour le pays et les compagnies minières légales", déclarait ainsi dès juin 2008 à l'AFP le président de la Chambre des mines du Ghana, Jurgen Eijgendaal.
L'an dernier, le métal précieux a rapporté environ 2,2 milliards de dollars (1,47 milliards d'euros au cours actuel) au Ghana, selon des chiffres de la Direction ghanéenne des mines. Le pays extrait aussi de la bauxite, des diamants et du manganèse, mais l'or représente 90% de ses revenus miniers. Le problème des mines illégales est plus ou moins le même en Guinée, au Brésil, au Pérou, au Mali et en Indonésie.
Au Ghana, ils sont des milliers et le trafic est bien organisé: des intermédiaires achètent l'or aux "galamsey" et ensuite l'exportent. En plus de la valeur marchande elle-même, l'Etat subit un manque à gagner fiscal important.
Beaucoup sont d'ex-mineurs licenciés ou des fermiers expulsés de leurs terres pour céder la place aux compagnies minières. Tous affirment qu'ils n'ont pas d'autre moyen pour faire vivre leurs familles, l'indemnisation qu'on leur propose étant ridicule selon eux.
Pour les compagnies ghanéennes comme Gold Fields et Newmont Ghana ou la sud-africaine AngloGold Ashanti, les "galamsey" deviennent un véritable problème, même en terme de sécurité: ils creusent partout et n'importe comment, provoquant souvent des accidents, volent ou endommagent du matériel qu'il faut remplacer.
"A Damang, on exploite déjà en surface mais pour ce qui est du sous-sol, nous ne commencerons pas tant que les illégaux seront sur le site et qu'ils nous suivront sous terre", déplorait l'an dernier Johan Botha, le patron de Gold Fields Ghana Ltd, lors d'une conférence sur l'industrie minière à Accra.
Ces dernières années, les autorités ont tenté de mettre fin aux mines d'or sauvages, et proposé d'accorder des licences pour opérer de petites parcelles en conformité avec la loi et les normes de sécurité. Mais, malgré des rencontres et des ateliers de sensibilisation, la plupart des mineurs illégaux ont refusé ces licences tout simplement parce qu'ils ne veulent pas payer de taxes et d'impôts.
Dans la région ouest, "fief" des mineurs illégaux, pas un seul n'a à ce jour pris de licence. Les cours, qui flambent depuis six semaines, ont marqué un nouveau record à 1.121 dollars l'once jeudi en Asie alors que la faiblesse du dollar incite investisseurs à diversifier leur patrimoine, en achetant notamment l'or, le plus traditionnel des placements défensifs.
Les prix ont plus que doublé en quatre ans, puisqu'ils ne cotaient qu'environ 450 dollars l'once en novembre 2005.




del.icio.us
Digg
Technorati

Postez votre commentaire