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SORTIE DE CRISE EN CÔTE D’IVOIRE: en attendant le prochain couac

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"Le Pays" - 08/03/10 - La Côte d’Ivoire semble sortir graduellement de sa récente crise. Une crise pour rien puisque les formats sont les mêmes pour la nouvelle Commission électorale indépendante (CEI) et le second gouvernement dirigé par Guillaume Soro.

Les conséquences n’en sont pas moins désastreuses. Il est temps pour la communauté internationale d’aider la facilitation en fixant une date butoir pour les élections, date après laquelle le régime Gbagbo devenu illégitime, sera remplacé par un organe de transition. 

Cet organe de transition devra alors gérer la tenue des élections puis la mise en place de nouvelles institutions républicaines. Une pleine souveraineté devra être accordée à la CEI qu’il faudra laisser travailler même si son président est de l’opposition. Certes, le nouveau report de la date des élections peut paraître effectivement comme un gain de temps pour le président Gbabgo. Le chef de l’Etat ivoirien est aussi parvenu à écarter des individus qu’ils ne voulaient plus sentir dont l’ex-président de la CEI. 

Il est clair qu’officiellement, le camp Gbabgo voulait la tête du président de la CEI qu’il a largement passé le temps à dénoncer. Mais était-ce vraiment pour les fautes de gestion du fichier électoral ou parce que l’intéressé était difficile à manipuler ? Toujours est-il que le camp présidentiel a obtenu le recul des élections de deux à trois mois. C’est assurément un nouveau bonus qui le fait apparaître comme le gagnant de l’opération. Toutefois, cette victoire doit être relativisée. Le président Gbagbo n’a pas obtenu tout ce qu’il voulait, notamment le contrôle de la commission et même celui du gouvernement. 

Pire, les houphouétistes sont parvenus à élargir le front des mécontents en s’adjoignant d’autres forces politiques comme le Parti ivoirien du travail de Francis Wodié, considéré comme socialisant. Les opposants occupent donc sérieusement le terrain. Ce signal, Gbabgo et ses partisans auront tort de le négliger ou feindre de l’ignorer. Le camp présidentiel, pour avoir beaucoup joué avec les nerfs de ses concitoyens, sort donc, d’une certaine façon affaibli de cette crise. L’opposition houphouétiste elle, a su renforcer sa cohésion et demeurer ferme. 

Ce bras de fer fut pour elle un véritable test de cohésion et de mobilisation. Les opposants ont réussi à préserver les acquis, et désormais, ils pourront comptabiliser les morts comme faisant partie du bilan macabre de la gestion du camp présidentiel. Gbagbo et les siens auront contribué eux-mêmes à élargir leur propre cercle d’inimitié. En réussissant à semer le trouble dans plus d’une trentaine de villes ivoiriennes et jusque dans le terroir natal du chef de l’Etat, l’opposition a démontré l’impopularité grandissante du régime Gbagbo. 

En même temps, elle a montré que le camp présidentiel ne détient pas le monopole de la violence et qu’il ne maîtrise plus la rue comme par le passé. Le risque était réel de mettre le pays à feu et à sang. S’ils avaient besoin de le savoir, à présent Gbagbo et ses partisans ne doivent plus l’ignorer : jamais plus, les Ivoiriens qui ont mûri, n’admettront l’arbitraire et il faut éviter de les prendre pour des moutons de sacrifice et des nez percés.

Les récentes secousses prouvent que le citoyen ivoirien est fatigué autant des propos démagogiques que des reports incessants de la date des élections. Le pouvoir a fait les preuves de ses limites et de son manque de bonne foi. C’est devenu déconcertant pour la grande masse des électeurs qui s’appauvrit continuellement sans jamais percevoir le bout du tunnel. Le vieux réflexe houphouétiste a donc fini par reprendre le dessus. La faute incombe aux jusqu’au-boutistes qui entourent Gbabgo et qui conduiront immanquablement ce régime à sa perte. Mijoter les crises pour fuir des échéances électorales qu’on craint de perdre ne servira plus à rien. Si Gbagbo tient tant à aller aux élections, qu’il cesse de verser dans le dilatoire, de faire des manipulations et de bloquer le processus pour un rien. Il vaut bien mieux aller rapidement aux élections et accepter de les perdre proprement. 

Il faut se résigner à aller aux urnes, quitte à partir la tête haute, plutôt que de faire perdre du temps et de l’espoir aux Ivoiriens qui s’appauvrissent de jour en jour. De même, il faut arrêter de berner la communauté internationale. Elle n’a que trop fait confiance à un régime qui se révèle chaque jour incapable d’organiser des élections après tant d’années. Parce qu’il ne tient pas à affronter son opposition dans des conditions transparentes. Parce qu’il doute lui-même de ses chances.

En effet, le camp présidentiel a perdu trop de temps dans la gestion de la bureaucratie et du dilatoire. Certains partisans du chef de l’Etat ont sans doute pu décupler leurs avoirs personnels. Ils font désormais partie des plus riches du pays. Mais, ils perdront demain pour avoir été trop gourmands du pouvoir, et surtout pour avoir oublié que l’électeur a non seulement des intérêts, mais qu’il a aussi des réflexes et que le temps presse.

A présent qu’ils n’ont plus rien à se mettre sous la dent, Gbagbo et les siens vont s’arc-bouter sur la fameuse liste pour crier à la fraude et trouver de nouveaux faux-fuyants afin de ne pas aller aux élections. Tenter de récupérer le paradis perdu apparaît de plus en plus comme un immense travail d’Hercule pour le pouvoir en place. L’occasion est alors belle de s’accrocher aux procès en radiation qui ne sont que suspendus. 

Le camp présidentiel va mettre un point d’honneur à vouloir expurger tous les fraudeurs ou prétendus tels de la liste électorale. Pourtant, il est prévu un mode opératoire permettant à la CEI de gérer les contentieux. Par ailleurs, il faut craindre qu’une autre fois, le camp présidentiel ne trouve à redire du côté des ex-rebelles ! Assurément cette crise est loin d’avoir fini de livrer tous ses rebondissements. On attend donc le prochain couac.
"Le Pays"

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