ECONOMIE: Prudential lance le plus gros « deal » de l'histoire de l'assurance
LesEchoes - [ 02/03/10 - L'assureur - vie britannique Prudential a annoncé le rachat, pour 35,5 milliards de dollars, des actifs asiatiques d'AIG, logés chez AIA. Cette méga-opération, qui fera du nouveau groupe un leader en Asie, représente une fois et demie la capitalisation de « Pru », qui devra lever 20 milliards de dollars.
Tidjane Thiam, l'emblématique patron franco-ivoirien de Prudential, n'est pas homme à faire les choses à moitié. Ni à tergiverser. Cinq mois jour pour jour après avoir pris la tête de l'assureur-vie britannique, il vient de réveiller un secteur de l'assurance européen tétanisé par la perspective des futures normes Solvabilité II, en proposant de racheter les activités asiatiques d'AIG, AIA, pour 35,5 milliards de dollars (26,3 milliards d'euros, 23,8 milliards de livres). Le prix correspond à 1,69 fois la valeur intrinsèque d'AIA et à 24,7 fois ses profits 2009 (en excluant les 340 millions de dollars de synergies avant impôt attendues dans les trois ans).
Plus gros « deal » jamais réalisé dans l'assurance, cette méga-opération représente rien de moins qu'une fois et demie la capitalisation de « Pru » avant annonce (15,3 milliards de livres). Elle suppose que l'assureur britannique procède, en mai prochain, à une augmentation de capital géante de 20 milliards de dollars (13,5 milliards de livres), garantie par Credit Suisse, HSBC et JPMorgan Cazenove, et émette pour 5 milliards de dette. Cette perspective a d'ailleurs fait perdre au groupe britannique 12 % de sa valeur hier, le titre terminant à 530 pence.
La région Asie-Pacifique visée
X-Mines de quarante-sept ans au CV impressionnant et à l'ambition chevillée au corps - après avoir fait ses classes chez McKinsey à la sortie de l'Insead, il a renoncé à une carrière politique en Côte d'Ivoire après le coup d'Etat de 1999 et s'est recyclé dans l'assurance chez Aviva, avant de rejoindre Prudential comme directeur financier en mai 2008 -Tidjane Thiam avait distillé quelques indices. Il avait en effet indiqué très récemment qu'il souhaitait que l'Asie représente 80 % de son chiffre d'affaires à l'horizon 2015, contre 44 % en 2009 (31,5 % aux Etats-Unis et 24,8 % au Royaume-Uni).
L'opération, qui permettra à AIG de récupérer 25 milliards de dollars en cash et 10,5 milliards en titres Prudential - l'assureur américain détiendra 11 % du capital de « Pru » -, a donc un objectif bien précis : créer une compagnie d'assurance-vie à la puissance de feu inégalée en Asie-Pacifique, dont le potentiel de croissance est considéré comme l'un des plus élevés au monde (17 % de croissance des primes par an entre 2003 et 2008). La région, « moteur de la future croissance du groupe », représentera 60 % des affaires nouvelles des deux groupes combinés, a fait savoir hier Tidjane Thiam.
Nouvelle dimension
De quoi faire frémir des concurrents européens comme Allianz, AXA ou Generali, qui ne masquent pas leurs velléités à l'international. De quoi distancer aussi des concurrents plus locaux, sachant qu'AIA pouvait déjà se targuer de quatre-vingt-dix ans de présence dans la région Asie-Pacifique, zone où il dispose de 60 milliards de dollars d'actifs, sert 23 millions de clients, dispose d'un réseau de 320.000 agents et emploie 23.500 personnes. La nouvelle entité, qui comptera plus de 30 millions de clients, sera numéro un de l'assurance-vie à Hong Kong, à Singapour, en Malaisie, en Indonésie, au Vietnam, en Thaïlande et aux Philippines. Ce sera le premier assureur-vie étranger en Chine et en Inde.
Avec le rachat d'AIA, dont le bouclage est prévu pour le troisième trimestre 2010 compte tenu de la nécessité de consulter les actionnaires et d'obtenir l'aval des diverses autorités compétentes, Prudential va aussi acquérir une nouvelle dimension et se hisser dans le peloton de tête des assureurs mondiaux. La nouvelle entreprise (« New Prudential »), qui détiendra à la fois Prudential et AIA, gardera son siège et sa cotation à Londres, même si une cotation secondaire à Hong Kong sera envisagée une fois l'acquisition réalisée. Le groupe, qui a dégagé l'an dernier 1,4 milliard de livres de profits en normes IFRS et 3,1 milliards en normes EEV, contre 1,75 milliard de dollars pour AIA (1,17 milliard de livres), indique qu'il conservera après opération (et donc après levée de fonds) un capital excédentaire de 3 milliards de livres. Reste à convaincre le marché que les risques, financiers comme opérationnels, sont supportables au regard des perspectives offertes.
GÉRALDINE VIAL, Les Echos




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