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Côte d’Ivoire : Les politiciens…croque-morts

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Siriki Gbané - 11/10/09 - Le croque-mort est l’employé des pompes funèbres chargé du transport des morts au cimetière en vue de leurs inhumations. C’est de cette activité que le croque-mort tire sa rémunération.

Les croque-morts, cependant, ne se trouvent pas uniquement dans les pompes funèbres. Chez nous, des hommes politiques se sont mués en croque-morts, se transportant dans toutes les cérémonies funéraires – ou presque - pour espérer récolter les dividendes de leurs activités, en termes de bulletins de vote.

La mort,  en Afrique, réconcilie. Lorsque le malheur frappe dans une famille, le reflexe de la communauté  est de se précipiter vers la famille éplorée pour lui apporter assistance morale et matérielle et l’aider à faire face à l’épreuve. Car la mort est pour l’Africain d’abord et avant tout une épreuve. Et cette épreuve a pour vertu de réconcilier les uns et les autres et de ressouder les liens communautaires. Face à la mort les inimitiés s’estompent. Les rancœurs s’évanouissent. L’humilité s’installe. Parce que la mort d’autrui est un peu notre propre mort par anticipation.

Malheureusement, ces dix dernières années, la mort est devenue tellement banale en Côte d’Ivoire que même les funérailles sont devenues un moyen de profiter des malheurs d’autrui pour renforcer son propre pouvoir politique en essayant d’accéder à un électorat jugé hostile et inaccessible.  « Mille morts à droite, mille morts à gauche, où est mon problème ? J’avance vers le pouvoir ».

 

Il n’y a rien de blâmable lorsque les tenants du pouvoir volent au secours de familles éplorées pour les assister et les réconforter dans le malheur.  Mais lorsque cet élan de solidarité n’est motivé que par de petits calculs politiques, c’est cela l’infamie  et l’abjection.

Le cas le plus récent de l’exploitation éhontée des restes mortuaires d’autrui à des fins électorales est le transfert de la dépouille mortelle de feu le général Gueï. Initialement enterrés de façon sommaire dans sa résidence de l’Indenié, dans la commune du Plateau à Abidjan en 2006 - après quatre ans passés à la morgue - les restes du général Gueï ont été exhumés, transférés puis ensevelis sous la terre de ses ancêtres à Kabacouma, dans la région montagneuse de l’Ouest le 2 octobre dernier. Cela, conformément à une promesse de Laurent Gbagbo, faite lors de sa visite à Man en juin dernier.

La raison qui avait été évoquée pour justifier l’inhumation à Abidjan était l’absence d’un climat de sécurité, d’harmonie et de sérénité au sein des familles biologique et politique du défunt.

Subitement, après trois années d’attente, de palabres, de divisions… et à deux mois de la date du premier tour des élections présidentielles, les conditions sont réunies! Extraordinaire ! Comme les élections ont le pouvoir de régler, en quelques semaines, des problèmes insolubles !

Pour ramer à contre-courant de l’amnésie collective pratiquée en Côte d’Ivoire comme stratégie de gouvernement, évertuons-nous à rappeler qui était le général Robert Gueï et dans quelles circonstances il a trouvé la mort.

Chef d’Etat major de l’armée ivoirienne sous le président Félix Houphouët-Boigny, le général Robert Gueï est mis à la retraite en 1997 sous le président Henri Konan Bédié avec le grade de général de brigade. Deux ans plus tard, en décembre 1999,   le général Gueï revient sous les feux de l’actualité en qualité de chef de la junte militaire qui renverse le président Konan Bédié. En octobre 2000, le général Gueï est chassé du pouvoir par une insurrection militaro-civile, suite à des élections « calamiteuses » l’opposant à Laurent Gbagbo, élections dont avaient été exclus les candidats du PDCI et du RDR.

Au moment où éclate l’insurrection armée du 19 septembre 2002, le général Gueï est le président de l’UPDCI, parti qu’il avait fait créer pour se présenter aux élections de 2000. Le Premier ministre d`alors, Pascal Affi N’guessan, son ministre de la Défense, Moïse Lida Kouassi et l`un des nombreux conseillers en communication de Laurent Gbagbo, Alain Toussaint ont clairement affirmé à la télévision nationale que le général Gueï avait été tué alors qu`il "se rendait à la télé pour prononcer son discours de prise du pouvoir".

Cette contre-vérité est battue en brèche par le clergé catholique qui protesta en son temps pour dénoncer la violation de la cathédrale du Plateau par des militaires qui s’y sont introduits, armes au poing, pour déloger le général Gueï, dont le corps criblé de balles est retrouvé plus tard dans la rue, sur le bas côté, tel un chien écrasé. Le rapport de l’ONU sur la situation des droits de l’homme en Côte d’Ivoire du 19 septembre 2002 au 15 octobre 2004 se fait plus accablant pour le régime de Laurent Gbagbo.

  « La Commission a eu l’occasion de voir les dépouilles de Robert Gueï et de son épouse Rose Gueï (…) à la morgue de Treichville, à Abidjan. Elle a pu constater que Robert Gueï et sa femme portaient des traces de balles dont les détails sont consignés dans le rapport d’autopsie du médecin légiste qui a assisté la Commission. Rose et Robert Gueï ont été abattus de balles notamment tirées à la tête et logées dans leur corps à partir d’une position qui indiquerait que les deux victimes se trouveraient par terre ou accroupies. Le médecin légiste qui a accompagné la Commission lors de cette visite à la morgue, a confirmé cette version. » (1)

Il n’y a aucun doute, le général Gueï a été l’objet d’un assassinat sans que son implication dans les événements du 19 septembre ait été établie.

Sous la plume de Dély Florand, correspondant du quotidien Nord-Sud du lundi 5 octobre, relatant l’inhumation récente des restes du général Gueï à Kabakoumaon peut lire ceci :

 « Le chef de l`Etat a invité ses frères et parents à réfléchir et à se rappeler que dans cette crise, c`est l`Ouest qui a le plus perdu. Selon lui, le général Gueï Robert est la plus grande victime que l`Ouest et la nation ont enregistrée. »

Si Laurent Gbagbo affirme que le général Gueï est une « grande victime », pourquoi alors n’a-t-il rien entrepris depuis sept ans pour que justice soit faite pour le réhabiliter et surtout pour dédommager sa famille dans cette grave injustice? En plus du général Gueï, nombreuses autres personnes ont été exécutées ce jour-là à son domicile, notamment son épouse Rose Doudou et son aide de camp, le capitaine Fabien Coulibaly. Même les animaux domestiques n’ont pas échappé à la folie meurtrière des bourreaux en service commandé.

Dans tout pays qui se respecte, aucune violation aussi grave des droits humains ne peut être perpétrée sans que cela n’émeuve les citoyens et sans que la justice ne fasse son travail pour rétablir la vérité, retrouver les meurtriers et leurs commanditaires.

Ailleurs, dans les démocraties dignes de ce nom, même un chien écrasé par un automobiliste imprudent, en plus d’un enterrement digne, aura l’honneur d’une réhabilitation par la condamnation de son tortionnaire. Chez nous, un général de brigade, formé dans une école militaire prestigieuse en France, qui a été chef d’état major de l’armée nationale, qui a été chef d’Etat, fût-il par coup d’Etat, est assassiné en plein jour sans avoir été reconnu coupable de rien du tout et, sept ans après son assassinat, tout ce qu’on est fier de réaliser pour sa réhabilitation c’est «  un enterrement digne ».

En fait d’enterrement digne, il s’agit  plus d’une attitude machiavélique  qui consiste à profiter doublement de la mort tragique du général Gueï.  D’abord en n’utilisant pas son propre couteau contre soi-même. Il ne fait aucun doute que les bourreaux du général Gueï sont connus et protégés par le régime de la refondation. Les bourreaux et les commanditaires étant du même bord, il y a entre eux un pacte de protection mutuelle. Est-il possible de trainer les bourreaux devant la justice sans que ces derniers ne dénoncent leurs commanditaires ? Les

Ivoiriens ont l’humour de qualifier ce type d’interrogations de  question « FRAR » ou violente.

Ensuite, en célébrant les obsèques du défunt de façon multiple, on finit par donner le sentiment, à travers le matraquage médiatique, qu’on est soi-même la victime de sa disparition. Après les obsèques nationales célébrées le 18 aout 2006 à Abidjan juste avant la première inhumation, était-il nécessaire de répéter les mêmes cérémonies, trois ans plus tard

à Kabacouma ? La réponse à cette question est contenue dans ces propos de Laurent Gbagbo lui-même, tenus lors de la rencontre avec les chefs de cantons et de villages du département de Man au lendemain de l’inhumation de l’illustre défunt.

«Aujourd`hui, Gueï Robert est enterré dignement sur la terre de ses ancêtres, avec les honneurs dus à son rang d`ancien chef d`état-major des armées. Mieux encore, d`ancien chef d`Etat. J’en suis très fier». D’où Laurent Gbagbo tire t-il sa fierté ? D’avoir tenu sa promesse de satisfaire la doléance d’électeurs potentiels ou d’avoir momentanément résolu un problème à la foi moral, politique et judicaire ? Car tôt ou tard, l’assassinat du général Robert Gueï est un dossier qui se retrouvera au palais de justice.

Pour l’instant Gbagbo est parvenu à noyer le poisson.

A la fin de cette rencontre, le correspondant du quotidien NORD-SUD nous informe que « les chefs traditionnels de l`Ouest montagneux ont exprimé leur infinie reconnaissance au président de la République pour avoir tenu sa promesse de faire enterrer dignement leur frère ».

On comprend ainsi toute l’opération de charme pour s’approprier le malheur des pauvres populations de l’Ouest. Ce sont elles qui ont perdu un fils, un frère, et un leader politique de façon injuste et cruelle. Mais au lieu de pouvoir réclamer justice et réparation au chef suprême des armées  et de la magistrature, elles sont réduites à exprimer leur reconnaissance à un « bienfaiteur »  venu leur livrer des restes cadavériques et des billets de banques.

Le message codé est sans équivoque : au moment d’introduire le bulletin de vote dans l’urne, il ne faut surtout être ingrat, mais matérialiser sa reconnaissance au chef-bienfaiteur.

Siriki Gbané

Washington, DC

(1) Rapport sur la situation des droits de l’homme en République de Côte d’Ivoire depuis le 19 septembre 2002 jusqu’au 15 octobre 2004 - Conseil de Sécurité du 25 mai 2004

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Kipre Pierre sur 12/10/2009 23:44:00
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C'est une analyse juste.Mon pays est devenu une vraie bordelle aux cuisses de teint lacté."Soon or later" la vraie justice triomphera. Je salue la justesse de cet article et encourage l'auteur à continuer son metier de vrai journaliste.
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CHEICK sur 17/10/2009 08:45:49
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Bonjour cher frère Gbané,
ça fait déjà un bail depuis que tu es aux E.U. Déjà tu avais une plume alerte à Le Jour. Et c'est avec beaucoup de satisfaction que je viens de lire ton analyse sur cette question qui tôt ou tard devra trouver une réponse. Que ce soit la mort de Guéi, celle de Boga Doudou, les morts de novembre 2004 par l'armée française, dit-on, les nombreux morts du bombardement de Bouaké et le carnage des 24 et 25 mars 2004 où à la Dadis plus 150 personnes ont été massacrées par dit-on l'armée ivoirienne.
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Marine sur 19/10/2009 15:48:39
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Analyse juste qui devrait attirer l'attention des ivoiriens et les faire sortir de leur torpeur.Guéi a été tout simplement lachement assassiné et seul Lida Kouassi et Affi N'guessan en savent les vraies raisons que nous ne pouvons que supposer.PEUPLE IVOIRE GBAGBO N'A EU DE CESSE DE NOUS MENTIR, DE NOUS MANIPULER.COMME UN SEUL HOMME LEVONS NOUS DE SORTE A CE QU'IL NE REMPORTE PAS LES FUTURES ELECTIONS ET QU'IL REPONDE DE TOUTES CES MORTS ET DISPARITIONS DEVANT NOTRE JUSTICE ET LE TPI. POUR LA JUSTIVE DIVINE C'EST DEJA UN ACQUIS IL PAIERA TOT OU TARD
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Koffi Kouadio sur 25/10/2009 16:29:44
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Tout un amalgame.
Une question FRAR ne veut pas dire violente.Voici le sens du mot FRAR.
Fond Regional d'Amenagement Rurale.
Un journaliste de la RTI qui faisait un reportage en milieu rural sur les bienfaits des projets FRAR interrogea un maneouvre agricole qui etait sur sa bicyclette en ces termes:Qu'est ce que c'est que le FRAR? Le maneouvre qui ne sait de quoi il s'agit et de surcroit analphabete repond ceci:" C'est une question que je ne connaisse pas hein!!!
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Scinik sur 10/11/2009 16:37:31
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Cette situatuion dépeind clairement le tableau dans lequel s'est imbriqué la Côte d'Ivoire depuis que Gbagbo est au pouvoir.
Aujourd'hui ce qu'on peut dire s'est qu'il se fou bien du malheur des ivoiriens.S'il avance sur nos cadavres ce n'est nullement sur nos difficultées qu'il se penchera
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Isidore Tapé sur 20/07/2010 13:27:26
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Alias Koffi Kouadio, tu n'as rien compris à la référence de question FRAR.
Le monsieur fait une double référence. Question FRAR et violente question. De toutes les façons il développe des choses mille fois plus importantes que ce détail insignifiant.
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